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L'organisation progressive du sport de l'aviron
(1853-1890)
La Société des Régates Parisiennes (SRP) fondée en 1853 va jouer un rôle prépondérant dans l'organisation du sport de l'aviron en France. Elle va régenter les régates à la voile et à l'aviron à Paris et dans ses environs. Elle va créer le premier championnat français : le championnat de la Seine, course en solitaire d'abord en yole puis en skiff. Elle tentera de regrouper autour d'elle l'ensemble des sociétés parisiennes. En l'espace d'une trentaine d'année, plus de quarante sociétés d'aviron vont être créées. Les expositions universelles, dont la première s'est tenue à Londres en 1851, et ensuite à Paris en 1867 et en 1878 servent de vitrine aux constructeurs. Elles permettent l'organisation de régates internationales et accélèrent les échanges de technologie. Dès 1849 les outtrigers anglais apparaissent en France et le skiff en 1851. Les rameurs parisiens sont saisis d'étonnement devant la légèreté de ces embarcations et vont bientôt les adopter. 

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1861 Yvon-Fleuret dans le Lutin cliché Yvon Archives FFSA -Adrien Fleuret est le premier président de l'Union des Sociétés
d'aviron de France (Ci-contre en vignette dans le livre Le Sport de l'Aviron de P.Daryl 1895)

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Le Yacht Club de France est créé en 1867, l'Union des Sociétés de Gymnastique de France (USGF) en 1873, le Club Alpin Français en 1874, l'Union Vélocipédique de France en 1881 et finalement l'Union des Sociétés d'Aviron de France en 1882. Cette dernière réunit vingt sociétés de toute la France. Ce groupement est rejoint en 1890 par la Fédération du Nord de la France et l'Union du Sud-ouest. Cette association prend le nom de Fédération Française des Sociétés d'Aviron.
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Le "cavalier seul" des

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rameurs anglais
(1889-1922)
La régate étant au coeur de l'activité, la question de la classification des rameurs (des catégories) a toujours été trés importante. Le rowing anglais avait établi une différence entre les professionnels et les amateurs. Cette différenciation a d'abord traversé l'aviron français, provoquant parfois des divisions au sein des sociétés. Le premier code des courses de 1889 précise : "Ne sont admis dans les courses dirigées par les sociétés de l'Association que les rameurs Amateurs..." Les rameurs "courant ou ayant couru à gages", les personnes "tirant ou ayant tiré leurs moyens d'existence d'une profession manuelle exercée d'une façon habituelle pour ou sur des bateaux" sont considérés comme des professionnels.
Cette règlementation, trés contraignante, est détournée par les organisateurs de régates qui récompensent les courses par des prix en espèces. Cette question des "prix en espèces" va diviser à nouveau l'aviron français jusqu'à provoquer la création d'une seconde fédération : l'Union des Sociétés de Rameurs Amateurs de France (USRAF affiliée à l'Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques). Ces pratiques faisaient considérer les rameurs du "continent" pas suffisamment "amateurs" pour pouvoir participer au "nec plus ultra" des régates anglaises : la régate de Henley, officieux championnat de monde de l'époque.

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Raoul Dufy - Régates de Henley - 1933
 
Il faudra attendre 1947 avant que les associations anglaises rejoignent la Fédération Internationale des Sociétés d'Aviron créée en 1892. Cette longue période pendant laquelle les rameurs anglais et les rameurs continentaux ne s'affronteront qu'à l'occasion des jeux olympiques marque sans doute le sport de l'aviron français. Le rowing anglais est un modèle non seulement sur la question de l'amateurisme mais aussi sur le plan de l'organisation des sociétés, de la construction des bateaux, et de l'organisation des compétitions. Après l'abandon des prix en espèces en 1899, la FFSA devient l'Union des Fédérations des Sociétés Françaises d'Aviron en 1922, seule habilitée à organiser des championnats de France d'aviron et reconnue d'utilité publique.
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La spécialisation des activités
(1890-1946)

Dans les premiers écrits du canotage, celui-ci est multiforme. Il réunit les plaisirs de la pêche, de la chasse, de la promenade sur l'eau, à l'aviron, à la voile ou à la pagaie, de la bonne chère et de la fête. Il est d'abord trés maritime et le canotier emprunte volontiers un ensemble de termes et de pratiques à la marine à voile. Certaines sociétés d'aviron continuent aujourd'hui à réunir plusieurs pratiques, comme la Société Nautique d'Enghien (voile, aviron, tennis) ou le Club Nautique de Nice (voile, aviron) et témoignent de ce passé.

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Bulletin du Canoë Club de France - 1923

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Georges-Pierre Seurat - Dimanche après-midi sur l'Ile de la Grande Jatte - 1885

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L'aviron et la voile se séparent assez tôt. Le Yacht Club de France qui réunit essentiellement des propriétaires de bateaux, donc des personnes ayant des revenus assez élevés, est créé en 1867. En 1920, l'Union des Socités Nautiques Françaises prend le relais pour la voile, puis la Fédération Française de Voile en 1946. Le canoë quitte un peu plus tard le giron des sociétés d'aviron. En 1904, un groupe de balladeurs de La Société Nautique de la Basse Seine créeent le Canoë Club de France. La Fédération d'aviron continue d'organiser des championnats de France de périssoire jusqu'en 1939. La Fédération Française de Canoë-Kayak est créée en 1931.
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Le splendide isolement de l'aviron de compétition
(1900-1968)
Cette longue période d'institutionnalisation et de spécialisation des activités sportives conduit les sociétés d'aviron à se centrer presque exclusivement sur l'aviron de compétition. Aux clubs de voile, ceux, un peu plus fortunés, qui rêvent de traversées océaniques ou qui se plongent dans des calculs et des définitions de jauge ; aux clubs de canoës, ceux, qui veulent se promener, explorer ou descendre les rivières ; et aux clubs d'aviron, ceux qui veulent s'entraîner et faire de la compétition.
 
Par un processus normal de recrutement de ses dirigeants au sein même de ceux qui se sont illustrés le plus brillamment en compétition et qui donc, vont contribuer à continuer l'activité qu'ils ont vécue et qu'ils connaissent le mieux, les clubs d'aviron vont se consacrer exclusivement à la compétition. Or cette activité est onéreuse pour les clubs. Elle nécessite d'avoir suffisamment de fonds pour acheter des bateaux, prendre en charge les déplacements. Ramer est une discipline dure qui nécessite un investissement physique de plus en plus important au fur et à mesure que l'entraînement impose ses exigences. Il est pratiqué par des hommes et des femmes de conditions moyennes, artisans, commerçants, travailleurs de professions intermédiaires. Ceux-ci peuvent avoir, parfois collectivement, la capacité d'investir dans leur loisir mais n'en ont pas la capacité individuelle. 

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Les deux conflits mondiaux vont faire durement souffrir les sociétés d'aviron : perte totale ou partielle du matériel, destruction des locaux. Des générations de rameurs vont être emportées par ces années dramatiques. A chaque fois, les sociétés d'aviron, grâce à la solidarité de leurs membres, à l'aide des pouvoirs publics sensibles aux qualités intrinsèques de l'activité, à son statut de sport olympique, vont se relever et poursuivre leur activité. Afin de trouver des financements supplémentaires, Elles vont devoir se diversifier pour trouver d'autres sources de financement.
L'apparition de la fibre de verre dans la construction nautique va permettre de construire des bateaux moins fragiles, plus facilement réparables et en plus grand nombre. En 1957 est étudié un prototype de yolette en plastique pour la formation des scolaires. En 1968, l'opération "mille skiffs à mille francs" est lancée. L'objectif est de démocratiser la pratique de l'aviron, de l'ouvrir au plus grand nombre afin d'augmenter les ressources propres des sociétés d'aviron par le biais des cotisations et d'élargir la base des pratiquants.

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"Mille skiffs à mille francs" - skiffs Fruitet - Choisy Le Roi 1966

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Berlin - Jeux Olympiques 1936
Le sport et l'aviron, instrument de propagande politique, vitrine d'Etat
(1936-1970)
Les Jeux olympiques de 1936 à Berlin sont une vitrine pour le régime nazi. L'objectif est d'établir un lien entre un régime politique et les performances des athlètes qui le représentent. Cet outil de communication va être utilisé par l'ensemble des régimes politiques et plus particulièrement après-guerre dans le contexte de la Guerre froide. Les pays de l'est n'hésitent pas à plier les individus, à les élever, à les soumettre aux volontés politiques de leurs régimes. Le dopage est institutionnalisé. Après guerre, sauf à de rares exceptions, les pays de l'est vont faire des moissons de médailles dans les diverses compétitions internationales. En aviron, entre 1970 et 1980, dans la catégorie masculine, l'Allemagne de l'Est remporte 51 médailles d'or sur 84 titres possibles.
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Aux Jeux olympiques de 1960, les résultats pour l'ensemble des disciplines sportives sont catastrophiques. L'Etat décide de réagir et d'investir le champ du sport en s'inspirant des systèmes de détection et de formation qui ont fait leurs preuves à l'Est. Grâce à ce soutien, l'aviron français, en concurrence avec tous les pays de l'ouest, va tirer de temps en temps son épingle du jeu.

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Guide de l'aviron 1987-88 Delanef B. Moras P.

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Les grandes heures de l'aviron français - Marc Ventouillac - 2015

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Jeremy Azou - Pierre Houin, médaillés d'or en deux de couple aux Jeux olympiques de Rio

-Championnats de France d'aviron indoor 2013 Levallois-Perret
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Un nouvel équilibre, la diversification des activités et la lente professionnalisation des structures.
(1970-2002)

Cette volonté de diversification des activités et donc des ressources, va amener d'autres pratiquants dans les clubs. Les rameurs loisirs font leur entrée dans les clubs. C'est une révolution. Il faut accueillir des pratiquants qui n'ont pas pour objectif la pratique compétitive, qui souhaitent simplement se promener sur l'eau, randonner, avoir quelques moments conviviaux. Ces pratiquants ne sont pas forcément prêts à s'investir pour être des dirigeants. C'est d'ailleurs ce qui leur est reproché. Ils sont consommateurs de bateaux, mais aussi en concurrence avec certaines catégories. Ils consomment de l'espace au club et du temps de l'entraîneur qui doit se transformer en animateur. Parfois, ce nouveau rameur n'est pas bien accueilli au sein des clubs. Aussi quelques rameurs crééent spécialement en 1986, le Cercle des Rameurs de Randonnée de l'Ile de France. Ce Cercle disparaîtra quelques temps plus tard. Le mouvement qui va permettre d'accueillir de nouveaux publics et d'élargir la définition de l'aviron est en marche. L'aviron renoue enfin avec ses racines.

 

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L'entraîneur devient un professionnel parfois embauché par le club, parfois par la collectivité. L'aviron va aussi partir à la recherche de nouveaux partenaires. Dans les années 1970, cette recherche de sponsoring est une nouveauté qui doit permettre d'améliorer son image, de se faire connaître. Cette transformation de l'aviron français va réellement aboutir à l'élection en 1989 du président Denis Masseglia, aujourd'hui président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et au recrutement en 1991 d'un nouveau directeur des équipes de France Eberhard Mund.
Ces deux hommes à la tête de l'aviron français vont lui permettre d'avoir enfin des résultats sportifs correspondants à la valeur des rameurs et des entraîneurs français (3 titres mondiaux en 1993 et régulièrement chaque année ensuite) et d'avoir également un plan fédéral de développement ambitieux et novateur. Les années qui suivent et même au-delà du départ en 2000 de Denis Masseglia et en 2002 de Eberhard Mund vont marquer durablement l'aviron français qui est passé de 10 000 licenciés  et 172 clubs en 1973, à 64 000 licenciés et 374 clubs en 2002.

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L'abandon des sociétés, le développement de l'aviron indoor, un avenir incertain
(2003-

Sans de grands bouleversements dans l'organisation de l'aviron français, les résultats vont continuer à arriver jusqu'au jeux olympiques d'Athènes en 2004. Depuis cette date, de bonnes et de mauvaises années se succèdent. Huitième au tableau des médailles en 2016 aux Jeux de Rio, l'aviron français arrive toujours à réaliser des performances. Ces performances sont plus difficiles à atteindre avec les bateaux longs et avec les féminines.
Sur le plan de l'organisation, si le pari de la professionnalisation est réussi, se pose aujourd'hui le problème de la perrenité des emplois créés et de leur évolution. Ce qui est plus inquiétant c'est l'éloignement que la Fédération a pris, à nouveau, avec ses origines.
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Sous les coups de boutoirs des nouveaux médias, la Revue L'Aviron a disparue en 2011. Le rowing indoor et beaucoup d'activités qui lui sont associées ont pris une grande importance dans les activités gérées par la fédération. L'aviron indoor est quand même trés éloigné de ce qu'est l'aviron à ses origines, une pratique maritime puis fluviale de plein-air. Enfin la Fédération a abandonné le "S" de Société pour devenir la FFA en 2014. Elle n'est plus alors une fédération de sociétés mais elle fédère les pratiquants d'une activité. Ce changement qui déplace le coeur de l'activité du club au pratiquant est un changement d'identité trés important. Le club, la société qui fondent le principe de solidarité et d'entraide qui unit tous les pratiquants de l'aviron est un échelon unique et fragile qu'il faut absolument préserver.
Gageons que les clubs, dont les plus anciens ont déjà fêté leur 150 ans sauront dépasser ce changement et faire perdurer ce qui les a fait vivre jusqu'à présent, le plaisir de pratiquer et d'être ensemble.
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